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Pâques

Pâques

Une fête à mille têtes

Résurrection, Sebastiano Ricci
Résurrection, Sebastiano Ricci

Pâques, fiche technique (France) :

 

date : 4 avril (date mobile), 47 jours après Mardi gras

 

type de fête : religieuse

 

fériée ? non (mais toujours un dimanche), lundi de Pâques férié

 

fêtée depuis : le IIIe siècle après JC

 

célébrée : dans tous les pays chrétiens


Que célèbre-t-on à Pâques ?

Pâques est une fête chrétienne qui commémore la résurrection de Jésus Christ, trois jours après sa crucifixion. En France, les célébrations durent 2 jours : le dimanche de Pâques et le lendemain, le lundi de Pâques. Pour les croyants, elles peuvent démarrer en amont, avec le Jeudi et le Vendredi saints.

 

D'un point de vue symbolique, Pâques est la fête la plus importante du christianisme, puisqu'elle marque non seulement une véritable croyance dans le messie (ce qui détache cette religion du judaïsme), mais aussi la reconnaissance du miracle unique : la résurrection.

 

A l'église, la messe de Pâques est une célébration joyeuse, riche en musiques et en chants, où les fidèles sont bénis d'eau sacrée durant la veillée pascale. Le passage le plus souvent cité de la Bible étant bien évidemment l'arrivée de Saint-Pierre au tombeau du Christ, qui le trouve vide et comprend qu'il a bel et bien ressuscité. 


Origines de Pâques

Déesse Eostre
Déesse Eostre

Comme pour d'autres fêtes, la Pâques chrétienne s'est superposée à une ou plusieurs fêtes païennes très anciennes.

Dans l'Antiquité, on trouve à la même période de l'année plusieurs célébrations associées à l'adoration du soleil, ou des divinités symboliquement rattachées à l'astre solaire.

 

Le nom anglais de Pâques, Easter, marque d'ailleurs cette origine, puisqu'il est dérivé de la déesse anglo-saxonne Eostre (ou Ostara pour les germaniques), déesse de l'Est, direction du soleil levant. Elle correspond à la déesse grecque Eos, à la déesse romaine Aurore, à la déesse hindoue Ushas... Toutes étant dérivées d'une divinité indo-européenne ancestrale : Hausos.

Mais le culte du soleil a laissé place dans la chrétienté à la célébration de la vie éternelle, symbolisée par la résurrection.

 

Cependant, c'est surtout du côté de la Pâques juive, Pessa'h, qu'il faut chercher les origines de la Pâques chrétienne.

 

Ce qui n'est évidemment pas un hasard : la Passion et la résurrection du Christ eurent lieu à l'époque de l'année où les juifs célébraient déjà leur Pâque. Les premiers chrétiens du monde ont ainsi gardé le calendrier judaïque, en réadaptant le sens et le rituel des célébrations préexistantes. 

 

Dans la tradition juive, la fête de Pâques correspond à la commémoration du passage de la mer rouge par les Hébreux, à leur sortie d’Égypte. Le terme de « Pessa'h » renvoie d'ailleurs à la notion de passage.

Désormais célébrée sur 8 jours, elle rassemble deux fêtes, bien distinctes à l'origine : Pessa'h et les Azymes.

 

Dans l'Exode, la mort des premiers-nés convainquit Pharaon de libérer le peuple hébreu, qui quitta précipitamment l'Egypte avant que Pharaon ne change d'avis. Ils prirent avec eux leur pain qui n'avait pas eu le temps de lever, ce qui explique l'interdiction de manger tout produit à farine levée pendant la fête des Azymes.

Alors que Pharaon se ravise et poursuit les Hébreux fuyant l'Egypte, ceux-ci se retrouvent pris en étau entre l'armée royale et la mer Rouge… que Moïse ouvre en deux et referme sur l'armée du roi.

 

La fête de Pessa'h comprenait dans l’Antiquité l’offrande d’un sacrifice par chaque famille au temple de Jérusalem, mais aujourd'hui, la célébration se fait autour d'un repas rituel nommé seder.


La date de pâques

Gnomon (instrument de calcul astronomique) de l'église St Sulpice à Paris
Gnomon (instrument de calcul astronomique) de l'église St Sulpice à Paris

Pâques est la première fête attestée dans les calendriers liturgiques chrétiens, dès le IIIe siècle. Chez les chrétiens d'Orient, elle était célébrée le jour de la Pâques juive. Mais lorsqu'elle s'implante à Rome, il est décidé au IVe siècle de la célébrer le dimanche suivant la Pâque juive, mettant ainsi l'accent sur la résurrection au lendemain du Shabbat.

 

Au moyen-âge, la fête gagne en importance, jusqu'à donner lieu à une semaine complète de célébrations (soit 7 jours chômés), dès le XIe siècle.

Finalement, les fêtes religieuses sont supprimées à la Révolution française et seules les plus importantes vont être réintroduites par Napoléon avec le concordat (accord religieux signé avec le pape en 1801). Pâques est dès lors mentionnée à nouveau dans le calendrier et le lundi de Pâques devient officiellement un jour férié.

 

Si la date de Pâques est actée dès le concile de Nicée (327 ap. JC) en Occident, la réforme grégorienne induit un second décalage de date avec les chrétiens d'Orient : lors du passage au nouveau calendrier, on décide l'année même de sauter 10 jours pour passer du 4 octobre au 15 octobre. Aussi, il y a généralement plusieurs semaines d'écart entre la Pâques catholique ou protestante, où le calendrier grégorien est en place, et la Pâques orthodoxe, qui suit toujours le calendrier julien.

 

Mais la complexité ne s'arrête pas là, car le calcul de Pâques est devenu une véritable opération scientifique avec le temps : pour déterminer la date de Pâques, il faut connaître par avance le cycle lunaire. Pâques a en effet lieu lors du 1er dimanche qui suit la 1ère pleine lune arrivant après le 21 mars, jour de l'équinoxe du printemps. Vous suivez ?

On part du 21 mars : si la pleine lune a lieu la nuit même et qu'on est un samedi, le dimanche de Pâques tombe le 22 mars.

 

En plus simple, Pâques a lieu lors du dimanche qui suit la 1ère pleine lune du printemps. Soit entre le 22 mars et le 25 avril. Ce calcul a forcé de nombreux savants du passé à se pencher sur la question de l'ellipse terrestre et de celle de la lune, mais nous sommes désormais capables de calculer la date de Pâques avec des décennies d'avance.


Jeudi saint, Vendredi saint, lundi de Pâques

La Cène, De Vinci,  église Santa Maria delle Grazie de Milan
La Cène, De Vinci, église Santa Maria delle Grazie de Milan

Le Jeudi saint précède le dimanche de Pâques. Il commémore la Cène : le dernier repas du Christ avec les apôtres. Lors de celui-ci, Jésus bénit le pain et le vin, offrant ainsi son corps et son sang à ses disciples. Ce geste explique le fondement de l'eucharistie : le partage du vin et de l'hostie lors de la messe.

Il annonça aussi la trahison d'un des leurs et lava les pieds de ses disciples. Un geste fort, car aux alentours de l'an zéro, le lavement des pieds était traditionnellement réservé aux serviteurs, mais représente depuis une sorte d'égalité dans la foi chrétienne.

 

Le Vendredi saint commémore la Passion : le supplice, la procession de la croix et la crucifixion de Jésus. Il s'agit d'un jour de recueillement plutôt que de fête, où les croyants sont invités à pratiquer le jeûne et l'abstinence, en mémoire des souffrances du Christ.

C'est le jour qui clôt l'aventure humaine, terrestre, de Jésus. C'est un jour propre au christianisme, qui ne se fonde sur aucune fête issue d'une autre tradition.

 

Après les sept jours douloureux de la Passion du Christ (la Semaine sainte), le lundi de Pâques est un jour heureux, qui augure un temps nouveau de paix et de joie.

 

Dans de nombreux pays du monde, c'est un jour de retrouvailles, célébré autour d'un repas collectif. 


Pâques orthodoxe

Décoration de rue, Moscou
Décoration de rue, Moscou

Si Pâques est considérée comme la fête la plus importante du calendrier chrétien, Noël semble largement la supplanter dans les pays catholiques et protestants.

Pour ce qui est des pays orthodoxes, la Pâques est toutefois considérée comme étant LA fête la plus importante de l'année. Et comme pour Noël en Occident, les rues sont décorées, l'ambiance de Pâques est palpable en amont et les célébrations, religieuses ou profanes, sont très attendues de tous.

 

Pendant la Pâques orthodoxe, une procession est organisée le samedi à minuit.

La décoration des œufs est de mise, les plats à base d'œufs aussi, qu'ils soient salés ou sucrés pour les gâteaux.

En Grèce, les œufs durs sont teints en rouge, pour rappeler le sang versé par le Christ. Ils sont également cassés les uns contre les autres pour évoquer l'ouverture du tombeau.

 

Les œufs sont souvent peints, mais dans certains pays, on les enrobe partiellement de cire avant de les tremper dans une couleur, ce qui créé des motifs une fois la cire enlevée (technique dite de pissanka). 


Pourquoi des œufs ?

Œufs durs, œufs en sucre ou œufs en chocolat, l'œuf est en tout cas omniprésent à Pâques.

Chez les juifs, l'œuf symbolise le cycle de la vie et fait partie du seder. Chez les chrétiens, il évoque une 2e naissance : la sortie de Jésus du tombeau, comme le poussin qui sort de l'œuf au moment de naître.

Mais encore une fois, la tradition de décorer des œufs de poule est très ancienne : les Egyptiens et les Perses s'offraient déjà des œufs colorés en signe de renouveau, qu'on était tenu de garder comme porte-bonheur.

 

Scientifiquement parlant, une thèse est avancée qui pourrait expliquer le lien entre Pâques et les œufs : la durée d'ensoleillement étant plus longue aux alentours de l'équinoxe de printemps, cela permettrait aux poules de pondre après une pause hivernale.

Œufs décorés, Ukraine
Œufs décorés, Ukraine

D'un point de vue liturgique, la consommation d'œufs étant proscrite pendant le carême, l'accumulation d'œufs de poule aurait poussé les populations agraires à stocker le surplus jusqu'au jour de Pâques, expliquant de fait les plats à base d'œufs. Cependant, les règles du carême étant assez variables d'une région à l'autre et selon les époques, rien ne garantit que ce soit là la véritable raison.

 

Ce qui semble sûr, c'est que la tradition de conserver les œufs et de les décorer se développe avant tout dans les milieux bourgeois et les cours royales, surtout à partir de la Renaissance.

Certains rois étaient particulièrement friands de cette tradition, comme Edouard Ier d'Angleterre, qui faisait décorer des centaines d'œufs à la feuille d'or, pour les distribuer ensuite aux membres de sa famille.

 

A partir du XVIIIe siècle, les œufs frais étaient vidés puis remplis de chocolat liquide. Le cacao, alors consommé uniquement sous forme de boisson, commence à être dégusté sous de multiples formes, imaginées par les confiseurs.

 

La révolution industrielle allie cadeaux et commerces, le chocolat se démocratise et les moules à chocolat apparaissent pour confectionner en série des petites gourmandises à croquer. 


Pâques en France

Awara
Awara

Pâques clôt définitivement le carême, ce qui, encore une fois, donne lieu à un repas festif et riche. On marque le retour de la vie et de l'abondance, le triomphe de la vie sur la mort.

 

Traditionnellement, le repas de Pâques est constitué d'un gigot d'agneau rôti et de flageolets. En Alsace et dans certaines régions d'Allemagne, le dessert est un biscuit en forme d'agneau appelé Lamala ou Osterlammele, qui permet d'écouler le stock d'œufs accumulé avant Pâques.

 

En Guyane, on boit un un bouillon d'awara, petit fruit local dont la forme rappelle justement l'œuf. 

 

Le moment le plus attendu par les enfants est évidemment la chasse aux œufs, même si le chocolat prend désormais de nombreuses formes : poules, lapins, cloches

D'ailleurs, que raconte-t-on aux enfants ? Qui amène les œufs ? Le lièvre ou les cloches ?

 

Dans les pays catholiques, ce sont plutôt les cloches. On oublie souvent que la vie des villages était auparavant rythmée par les cloches des églises qui indiquaient l'heure. Mais en signe de deuil pour la mort du Christ, les cloches ne sonnaient pas dans les jours qui précèdent Pâques. Les enfants, inquiets, demandaient alors à leurs parents où étaient parties les cloches. Ceux-ci leur répondaient qu'elles étaient actuellement à Rome et reviendraient à Pâques.

 

De là, l'extrapolation s'est faite rapidement quand la chasse aux œufs est née : c'était évidemment les cloches qui amenaient les œufs lors de leur retour.

 

Mais l'idée que les cloches partent faire un petit tour à Rome n'a pas plu aux protestants au moment des réformes luthériennes, calvinistes ou anglicanes. En Allemagne, en Autriche ou en Suède, c'est le lièvre qui apporte les œufs aux enfants. Dans les pays anglo-saxons, c'est un lapin blanc. Dans le Tyrol (Autriche et Italie) enfin, ce sont les poules qui déposent elles-mêmes leurs œufs pour surprendre les enfants. 


dans le reste du monde

Pâques étant fêtée dans une grande partie du monde actuel, il est difficile d'énumérer toutes les traditions qui y sont rattachées. J'ai donc effectué des choix, mais libre à vous de donner d'autres exemples en commentaire !

  • Dimanche de Pâques

En Finlande, on prépare un lit d'herbe pour les œufs à décorer. Les enfants font pousser des graines de ray-grass sur une assiette recouverte de terreau quelques jours avant Pâques. Une fois l'herbe poussée, les œufs décorés pourront y être déposés.

 

Au Royaume-Uni, les enfants ne décorent pas seulement des œufs, mais aussi des chapeaux, généralement avec des fleurs. Une marche suit éventuellement cette création : la parade du bonnet !

 

Dans les pays orthodoxes, les chrétiens se saluent pendant toute la semaine qui suit Pâques par l'exclamation : « le Christ est ressuscité ! ».

Il est d'usage de répondre par une phrase telle que « Il est vraiment ressuscité ! » en grec, ou « Bénie soit la résurrection du Christ ! » en arménien.

Mouna
Mouna
  • Lundi de Pâques

Dans le sud de la France, il était de coutume de réunir famille et amis autour d'un pique-nique à midi, autour d'une grande omelette commune appelée « omelette de Pâques » ou « pâquette ».

A Oran, chez les pieds-noirs, un pique-nique était aussi de mise, mais le plat principal était le gaspacho pied-noir, suivi d'une mouna en dessert, avant de lancer dans les airs des bilochas : des cerfs-volants faits de roseau et de papier cristal.

 

  • Jeudi et Vendredi saints

De nombreuses processions ont lieu dans les pays catholiques et orthodoxes, tantôt le Jeudi, tantôt le Vendredi saint.

En Espagne, les confréries religieuses arborent leurs couleurs locales lors de ce défilé, où une figure du Christ est exhibée pour rappeler la résurrection.

En Grèce, les fidèles reconstituent le chemin de croix parcouru par le Christ, puis effectuent une veillée autour de L‘Épitaphios, l'icône représentant le corps du Christ.

Procession en Espagne
Procession en Espagne

 

En Allemagne, le Jeudi saint est aussi appelé « jeudi vert » (Gründonnerstag) : il est d'usage de s'habiller de cette couleur et de manger des légumes verts, afin de célébrer le réveil de la nature. L'un des plats classiques est une assiette d'épinards et d'œufs, accompagnée de pommes de terre. Cette tradition existe également en Alsace.

 

A noter que le Vendredi saint est un jour férié dans 3 départements français (Haut-Rhin, Bas-Rhin et Moselle), pourvu que la commune soit dotée d'une église mixte ou d'un temple protestant !

 

La loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, qui eut lieu en 1905 - abrogeant au passage le concordat de Napoléon - n'a pas pris effet dans ce territoire qui était alors allemand. Or le concordat assurait des droits majoritaires à la confession catholique, tout en accordant une liberté de culte et une tolérance élargie pour les autres confessions, qui comprenait parfois des jours fériés supplémentaires. Les habitants de l'Alsace-Moselle ont donc encore aujourd'hui quelques jours fériés de plus que le reste des Français. 

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